Quand les assureurs se retirent : l'assurabilite de vos actifs, nouveau signal du risque climatique physique

Quand les assureurs se retirent : l'assurabilite de vos actifs, nouveau signal du risque climatique physique

14 octobre 2026 16 min de lecture
Pourquoi l’assurabilité de vos actifs devient un signal clé du risque climatique physique et un levier stratégique d’adaptation pour les entreprises exposées.
Quand les assureurs se retirent : l'assurabilite de vos actifs, nouveau signal du risque climatique physique
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1. Quand la prime d’assurance devient un prix du risque climatique physique

Pour un directeur RSE, l’assurabilité des actifs n’est plus un sujet technique réservé au courtier. Elle devient un indicateur avancé de l’exposition de l’entreprise aux risques physiques liés au changement climatique, bien avant que les catastrophes naturelles ne se traduisent en pertes comptables. Ce glissement transforme la relation avec les assureurs en véritable fonction d’alerte stratégique sur le risque climatique.

Les marchés de l’assurance intègrent déjà dans leurs modèles les risques climatiques extrêmes, en combinant données climatiques, données géospatiales et historiques de sinistres pour affiner chaque niveau de risque. Quand les primes augmentent fortement sur un site industriel ou logistique, ce renchérissement révèle une vulnérabilité structurelle face aux risques physiques, que les entreprises sous estiment souvent dans leur propre évaluation des risques. L’assurabilité des actifs devient alors un proxy chiffré de la résilience climatique réelle, bien plus parlant qu’un simple discours sur l’adaptation.

Pour un site exposé aux inondations ou à la submersion marine, la hausse des primes traduit une fonction d’exposition très concrète au risque financier, que la direction finance ne peut plus ignorer. À l’inverse, un maintien des conditions d’assurance après des travaux de protection signale que les mesures d’adaptation réduisent effectivement les risques climatiques et sécurisent la continuité d’activité. Entre ces deux situations, la carte des sites du portefeuille d’actifs, croisée avec les évolutions de primes, devient une carte de chaleur du risque climatique physique.

Dans les zones soumises à sécheresse et mouvements de terrain, les assureurs réévaluent régulièrement leurs modèles de risque climatique pour intégrer l’intensification des épisodes climatiques extrêmes. Les entreprises qui suivent finement ces signaux prix peuvent anticiper les impacts sur leurs coûts d’assurance, mais aussi sur la valorisation de leurs actifs à moyen terme. Ne pas intégrer cette assurabilité dans la gestion globale des risques revient à ignorer un indicateur de marché déjà aligné sur les trajectoires du changement climatique.

Assurabilité, risques physiques et transition climatique

La plupart des stratégies climat d’entreprise restent centrées sur les émissions de gaz à effet de serre et la transition climatique, en particulier via le bilan carbone et la décarbonation industrielle. Cette focalisation est légitime, mais elle laisse dans l’ombre la matérialité croissante des risques physiques, alors même que l’assurabilité des actifs en donne une mesure monétaire immédiate. Pour un responsable climat, l’enjeu est désormais de traiter sur un pied d’égalité réduction des émissions et adaptation aux risques climatiques.

Les exigences réglementaires européennes, de la taxonomie à la CSRD, poussent déjà les entreprises à mieux évaluer les risques climatiques et à documenter leurs plans d’adaptation. Pourtant, peu de rapports RSE analysent de manière structurée la relation entre évolution des primes, vulnérabilité des sites et résilience climatique des chaînes d’approvisionnement. Intégrer l’assurabilité dans cette évaluation des risques, c’est reconnaître que le marché de l’assurance joue un rôle de vigie sur les impacts physiques du changement climatique.

Pour les entreprises multi sites, la comparaison des conditions d’assurance entre pays, régions et typologies d’actifs permet de cartographier les risques physiques avec une granularité opérationnelle. Un entrepôt logistique en zone inondable, une usine proche d’un front de feu de forêt ou un data center en zone de canicule récurrente n’ont pas la même fonction d’exposition au risque climatique, ni le même niveau de risque financier. L’assurabilité devient ainsi un langage commun entre direction RSE, direction finance et risk management pour arbitrer les investissements d’adaptation.

À mesure que les catastrophes naturelles se multiplient, certains assureurs réduisent leurs capacités ou introduisent des franchises très élevées sur les risques climatiques les plus exposés. Ce retrait partiel ou total signale que le risque climatique physique dépasse désormais les seuils jugés assurables à un coût soutenable pour l’entreprise. Pour un directeur RSE, ignorer ces signaux reviendrait à sous estimer gravement la vulnérabilité réelle de l’entreprise face aux risques climatiques.

2. Lire les signaux des assureurs : de la hausse de prime au risque d’actifs non assurables

Quand un assureur renchérit fortement une prime ou restreint les garanties, il ne sanctionne pas seulement l’historique de sinistres. Il traduit dans le langage du prix une nouvelle évaluation des risques physiques, fondée sur des données climatiques actualisées et une évaluation des risques plus fine à l’échelle de chaque site. Pour un directeur RSE, ces signaux doivent être lus comme des indicateurs avancés de vulnérabilité, pas comme de simples irritants budgétaires.

La première étape consiste à croiser l’évolution des primes avec une carte détaillée des sites, en intégrant les données géospatiales disponibles sur les aléas climatiques. Cette approche permet d’identifier les actifs dont l’assurabilité se dégrade le plus vite, et de comprendre comment leur fonction d’exposition au risque climatique évolue dans le temps. On passe alors d’une gestion réactive des sinistres à une gestion proactive des risques climatiques, articulée avec les priorités d’investissement.

Les directions RSE peuvent travailler avec les équipes risques et finance pour construire une évaluation des risques climatiques intégrant explicitement l’assurabilité dans les scénarios. Un site dont la prime a doublé en quelques années, ou dont la franchise sur les catastrophes naturelles explose, doit être considéré comme un actif potentiellement en voie de désassurabilité. À terme, ces actifs peuvent devenir des « stranded assets physiques », c’est à dire des actifs dont la valeur économique est amputée par leur risque climatique non assurable.

Ce risque de dévalorisation d’actifs non assurables doit être intégré dans les analyses financières, au même titre que les risques de transition climatique liés à la réglementation carbone. Pour un portefeuille d’actifs industriels ou logistiques, la combinaison d’un niveau de risque élevé et d’une assurabilité dégradée peut peser sur la capacité de l’entreprise à financer ses projets. Les investisseurs et les banques commencent d’ailleurs à interroger les entreprises sur leur exposition aux risques physiques et sur la résilience climatique de leurs actifs les plus critiques.

Assurabilité et ESRS E1 : intégrer le risque physique dans la matérialité

Les normes ESRS, et en particulier ESRS E1, imposent une analyse structurée des risques climatiques pour les entreprises soumises à la CSRD. Cette analyse ne peut plus se limiter à une description qualitative des impacts potentiels, elle doit intégrer une évaluation des risques physiques et de la vulnérabilité des sites. L’assurabilité des actifs fournit ici un indicateur quantitatif précieux pour objectiver cette matérialité.

Dans la matrice de double matérialité, le risque climatique physique doit être évalué à la fois sous l’angle des impacts sur l’entreprise et des impacts de l’entreprise sur le climat via ses émissions de gaz à effet de serre. L’évolution des primes d’assurance, des franchises et des exclusions de garanties permet de quantifier les impacts financiers potentiels liés aux risques climatiques. Cette approche renforce la crédibilité de l’analyse, car elle s’appuie sur des signaux de marché plutôt que sur des hypothèses internes difficiles à vérifier.

Pour documenter ESRS E1, les directions RSE peuvent s’appuyer sur les travaux déjà menés pour structurer leur démarche climat et leur bilan carbone, par exemple en mobilisant une méthode de bilan carbone et de trajectoire climat robuste. L’enjeu est de relier cette trajectoire de réduction des émissions à une stratégie d’adaptation fondée sur une évaluation des risques climatiques physiques, incluant l’assurabilité. Cette articulation permet de montrer que la résilience climatique n’est pas un supplément de discours, mais un volet intégré de la gestion des risques.

En pratique, cela suppose de travailler avec les assureurs pour obtenir des données plus détaillées sur les critères d’évaluation des risques et sur les scénarios climatiques utilisés. Ces échanges nourrissent la compréhension de la vulnérabilité des actifs et des chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les sites critiques pour la continuité d’activité. Ils permettent aussi de prioriser les investissements d’adaptation en fonction du risque financier réel, et pas seulement en fonction de la perception interne du risque.

3. De la cartographie à l’action : intégrer l’assurabilité dans la stratégie d’adaptation

Une fois les signaux des assureurs identifiés, la question clé devient : que faire, et dans quel ordre. La cartographie des risques climatiques doit intégrer l’assurabilité des actifs comme un critère à part entière, au même titre que l’exposition aux aléas ou la criticité opérationnelle. Cette approche permet de passer d’une vision théorique des risques physiques à une feuille de route d’adaptation priorisée et finançable.

Pour chaque site, l’entreprise peut combiner données géospatiales, historiques de sinistres, conditions d’assurance et rôle dans les chaînes d’approvisionnement pour évaluer les risques climatiques. Cette évaluation des risques doit distinguer les risques climatiques chroniques, comme la montée des températures ou la sécheresse, des risques climatiques extrêmes, comme les inondations soudaines ou les feux de forêt. En croisant ces informations avec la fonction d’exposition de chaque actif, on obtient une vision claire des sites où la résilience climatique doit être renforcée en priorité.

Les plans d’adaptation peuvent alors se décliner en trois familles d’actions : mesures de protection sur site, relocalisation partielle ou totale, et provisionnement financier pour les risques résiduels. Les mesures de protection incluent par exemple la surélévation des équipements critiques, la création de bassins de rétention ou le renforcement des structures face aux vents extrêmes. La relocalisation concerne surtout les actifs dont le niveau de risque devient incompatible avec une assurabilité soutenable, notamment en zone côtière ou en lit majeur de rivière.

Le provisionnement financier, lui, doit être discuté avec la direction finance pour intégrer le risque financier lié aux risques physiques non couverts par l’assurance. Cette discussion rejoint les réflexions sur la transition climatique et sur la juste allocation du capital entre décarbonation, adaptation et innovation. Elle peut aussi s’articuler avec des démarches de cartographie d’empreinte numérique et de Scope 3, afin de ne pas traiter séparément les enjeux physiques et les enjeux d’émissions.

Assurabilité, chaînes d’approvisionnement et continuité d’activité

La plupart des entreprises ont commencé à intégrer les risques climatiques dans leurs chaînes d’approvisionnement, mais rarement sous l’angle de l’assurabilité. Pourtant, un fournisseur clé dont les actifs deviennent difficilement assurables peut fragiliser la continuité d’activité de l’entreprise cliente, même si ses propres sites sont relativement protégés. La résilience climatique ne se joue donc pas seulement sur les actifs détenus, mais sur l’ensemble de l’écosystème industriel.

Pour les directions RSE, il devient stratégique d’évaluer les risques climatiques chez les fournisseurs critiques, en particulier dans les régions déjà fortement exposées aux catastrophes naturelles. Cette évaluation des risques peut intégrer des questions sur l’évolution des primes d’assurance, les exclusions de garanties et les plans d’adaptation mis en place. Elle complète les analyses plus classiques sur les émissions de gaz à effet de serre et sur les risques de transition climatique dans les chaînes d’approvisionnement.

Les entreprises qui structurent cette approche peuvent mieux anticiper les ruptures de chaîne, les hausses de coûts et les risques financiers associés aux risques physiques. Elles peuvent aussi engager un dialogue plus exigeant avec leurs partenaires, en partageant des bonnes pratiques d’adaptation et de gestion des risques climatiques. À terme, cette démarche renforce la résilience climatique de l’ensemble du réseau de valeur, au delà des seuls actifs détenus en propre.

Cette vision élargie de l’assurabilité des actifs, incluant ceux des fournisseurs, doit être intégrée dans la gouvernance des risques et dans les reportings RSE. Elle permet de montrer que l’entreprise ne se contente pas de protéger ses propres sites, mais qu’elle contribue à la résilience de son écosystème économique. Pour un directeur RSE, c’est aussi un levier pour articuler impact environnemental, gestion des risques et performance de long terme.

4. Gouvernance, dialogue avec les assureurs et arbitrages financiers

Faire de l’assurabilité des actifs un indicateur stratégique du risque climatique physique suppose de revoir la gouvernance interne. Le sujet ne peut plus rester cantonné au risk manager ou au courtier, il doit être partagé entre direction RSE, direction finance, direction industrielle et direction des achats. Cette transversalité est la condition pour que les signaux envoyés par les assureurs se traduisent en décisions d’investissement et en arbitrages de portefeuille d’actifs.

Le dialogue avec les assureurs devient alors un espace clé de co construction de la résilience climatique de l’entreprise. Les assureurs disposent de données massives sur les risques climatiques, les catastrophes naturelles et les tendances d’exposition par secteur et par région, qu’ils utilisent pour affiner leur évaluation des risques. En partageant ces données et leurs analyses, ils peuvent aider les entreprises à mieux évaluer les risques et à prioriser les mesures d’adaptation les plus efficaces.

Pour la direction finance, l’enjeu est d’intégrer le risque financier lié aux risques physiques dans les modèles de planification et de valorisation des actifs. Un actif dont l’assurabilité se dégrade rapidement doit être analysé comme un actif à risque, au même titre qu’un actif exposé à des exigences réglementaires fortes sur le carbone. Cette approche permet de rapprocher les analyses de transition climatique et de risque climatique physique, en les reliant à des décisions concrètes sur les investissements et les désinvestissements.

Les directions RSE peuvent aussi s’appuyer sur des démarches d’accompagnement de la transition juste, comme celles décrites dans les travaux sur la transition juste et la reconversion des salariés exposés. Quand la relocalisation ou la fermeture d’un site très exposé devient la seule option réaliste pour réduire le risque climatique physique, la question sociale ne peut pas être traitée après coup. Elle doit être intégrée dès la conception des scénarios d’adaptation, en lien avec les partenaires sociaux et les territoires.

Du signal prix à la stratégie climat intégrée

En traitant l’assurabilité des actifs comme un simple coût à négocier, l’entreprise se prive d’un indicateur avancé puissant sur sa vulnérabilité au changement climatique. En la considérant comme un signal prix du risque climatique physique, elle peut au contraire renforcer la cohérence entre sa stratégie climat, sa gestion des risques et sa politique d’investissement. Cette évolution de regard est particulièrement cruciale pour les entreprises de taille intermédiaire et les grandes entreprises fortement capitalistiques.

Pour y parvenir, il est utile de formaliser un cadre d’analyse commun entre RSE, finance et risques, intégrant les risques climatiques, les risques physiques, les risques climatiques extrêmes et les risques de transition climatique. Ce cadre doit articuler les données internes, les données des assureurs et les données géospatiales publiques pour construire une évaluation des risques robuste. Il doit aussi préciser comment les signaux d’assurabilité se traduisent en décisions : renforcement de la protection, relocalisation, désinvestissement ou transformation d’usage des actifs.

Les entreprises qui réussiront cette intégration feront de l’assurabilité un pilier de leur résilience climatique, au même titre que la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Elles seront mieux armées face aux exigences réglementaires croissantes, aux attentes des investisseurs et aux réalités physiques du climat qui change. Pour un directeur RSE, c’est une opportunité de repositionner la fonction climat au cœur des arbitrages stratégiques, loin du seul exercice de reporting.

Cette approche renforce aussi la crédibilité des engagements climat, en les ancrant dans des décisions tangibles sur les actifs, les sites et les chaînes d’approvisionnement. Elle montre que l’entreprise ne se contente pas de gérer son image, mais qu’elle affronte les risques climatiques avec lucidité, en s’appuyant sur des signaux de marché et sur une évaluation des risques rigoureuse. À terme, cette lucidité est la meilleure alliée de la résilience, pour l’entreprise comme pour les territoires où elle opère.

Chiffres clés sur risques physiques, assurabilité et entreprises

  • Selon la Fédération Française de l’Assurance, les indemnisations liées aux événements climatiques en France ont dépassé 140 milliards d’euros cumulés sur les trente dernières années, avec une tendance à la hausse significative par décennie.
  • Les scénarios de la Caisse Centrale de Réassurance estiment que le coût annuel moyen des sinistres climatiques en France pourrait doubler d’ici le milieu du siècle, principalement en raison de l’augmentation des risques climatiques extrêmes comme les inondations et les sécheresses.
  • Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat indique que plus de la moitié des pertes économiques liées au climat dans le monde ne sont pas assurées, ce qui souligne la vulnérabilité des entreprises face aux risques physiques non couverts.
  • La Banque de France a montré que plus de 10 % des encours de crédit des banques françaises sont exposés à des risques physiques climatiques élevés, ce qui renforce l’importance de l’évaluation des risques climatiques pour la stabilité financière.
  • Les analyses de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution mettent en évidence que les secteurs fortement intensifs en actifs physiques, comme l’industrie et la logistique, sont particulièrement sensibles à la combinaison d’un niveau de risque climatique élevé et d’une assurabilité dégradée.
Cet article a été conçu à l'aide d'outils d'IA générative, à partir de sources publiques.