Déployer la décarbonation des fournisseurs de rang 1 comme levier stratégique
Dans l’automobile, la décarbonation des fournisseurs de rang 1 est devenue un axe central des stratégies climat des entreprises. Les constructeurs y concentrent la cartographie des émissions, la réduction de l’empreinte carbone et la mise sous contrôle des risques environnementaux les plus matériels. Pour un responsable RSE, cette approche place les achats et la chaîne d’approvisionnement au même niveau stratégique que la finance ou la gestion des risques environnementaux et sociaux.
Stellantis, Renault et Valeo structurent leurs programmes autour de trois briques : mesure des émissions de carbone des fournisseurs de rang 1, accompagnement méthodologique et contractualisation avec clauses ESG. Ces programmes s’appuient sur le GHG Protocol pour distinguer clairement les émissions de scope 1, scope 2 et surtout scope 3, qui représentent plus de 80 % de l’empreinte carbone dans l’automobile selon les rapports climat publiés par ces groupes (par exemple le « Stellantis Climate Report 2023 » ou le « Renault Group Climate Report 2023 ») et les analyses sectorielles de la SBTi. La logique est simple mais exigeante : sans données fournisseurs robustes, sans collecte de données primaires et sans facteurs d’émission partagés, aucun bilan carbone crédible ni trajectoire de décarbonation ne sont possibles.
Les directions achats deviennent ainsi le bras armé de la corporate sustainability, en intégrant des critères ESG dans chaque appel d’offres et dans chaque contrat. Les achats responsables exigent désormais des données ESG processus, des indicateurs d’efficacité énergétique et une transparence sur les impacts environnementaux et sociaux des fournisseurs. Pour les PME ETI comme pour les grands groupes, la décarbonation des fournisseurs de rang 1 transforme la relation clients fournisseurs en un partenariat climat structuré par des critères ESG mesurables, avec des objectifs intermédiaires annuels, des KPI de performance carbone et des revues de contrats alignées sur les trajectoires validées par la SBTi.
Encadré – 5 actions concrètes pour lancer la décarbonation des fournisseurs de rang 1
1. Cartographier les 20 fournisseurs couvrant au moins 60 % des dépenses et des émissions estimées.
2. Exiger un premier bilan carbone scopes 1, 2 et 3 amont sous 12 à 18 mois.
3. Fixer un objectif de réduction de 20 à 30 % des émissions opérationnelles sur cinq ans, aligné SBTi.
4. Intégrer des clauses ESG avec reporting annuel obligatoire et plan d’amélioration continue.
5. Outiller la collecte via un extranet ou une plateforme dédiée pour fiabiliser les données d’empreinte carbone.
Pourquoi cibler d’abord les fournisseurs de rang 1 et comment diffuser vers les rangs 2 et 3
Les programmes automobiles montrent que cibler d’abord les fournisseurs de rang 1 concentre les leviers de décarbonation là où le volume d’achats et les émissions sont les plus élevés. Ces fournisseurs structurent la supply chain et la chaîne d’approvisionnement, ils agrègent déjà les données de leurs propres sous-traitants et peuvent relayer les exigences climat vers les rangs 2 et 3. Pour un directeur RSE, ce choix permet de sécuriser rapidement un niveau significatif d’émissions scope 3 tout en gardant un nombre d’interlocuteurs gérable et en priorisant les segments les plus émetteurs.
Dans l’agroalimentaire ou la chimie, les mêmes logiques s’appliquent aux filières B2B, avec des enjeux d’approvisionnement en matières premières et en énergie très sensibles aux risques environnementaux. Les secteurs des services comme l’IT ou le conseil disposent de chaînes d’approvisionnement plus immatérielles, mais leurs émissions liées aux data centers, aux bâtiments et aux déplacements restent fortement dépendantes des décisions des fournisseurs de rang 1. Les appels d’offres intègrent désormais des critères ESG détaillés, des exigences de reporting d’empreinte carbone et des engagements chiffrés de réduction des émissions de carbone, par exemple une baisse de 30 % des émissions opérationnelles sur cinq ans pour les prestataires stratégiques.
Les clauses contractuelles ESG se renforcent : engagement sur une trajectoire alignée SBTi, transparence sur la collecte de données et pénalités en cas de non-transmission des données primaires ou de non-atteinte des objectifs. Dans les contrats-cadres, les entreprises exigent aussi des plans d’amélioration de l’efficacité énergétique et une analyse des risques environnementaux sur l’ensemble de la supply chain. Pour les PME ETI qui répondent à ces appels d’offres, l’enjeu est clair : sans objectifs climat crédibles et sans bilan carbone structuré, le risque de perdre des clients stratégiques augmente fortement, notamment dans les secteurs les plus exposés à la CSRD et aux nouvelles obligations de reporting extra-financier.
Pour les acteurs urbains soumis à une pression croissante sur les infrastructures vertes, la sélection de partenaires capables de gérer des projets bas carbone devient critique ; à ce titre, choisir une société de gestion des infrastructures vertes en milieu urbain à Paris illustre bien comment les critères climat et les données d’émissions structurent désormais les décisions d’achats responsables. Les directions achats croisent ainsi les critères ESG, les facteurs d’émission et les données d’empreinte carbone pour arbitrer entre plusieurs fournisseurs de rang 1. Cette approche renforce la cohérence entre stratégie climat, politique d’approvisionnement et attentes des clients finaux sur les impacts environnementaux, tout en préparant la diffusion des exigences vers les rangs 2 et 3 via des cahiers des charges harmonisés.
Un équipementier automobile européen rapporte par exemple, dans son rapport climat 2023, une réduction de 18 % des émissions de scope 3 amont en quatre ans grâce à la renégociation de contrats avec dix fournisseurs de rang 1, combinant changement de matériaux, électricité renouvelable et mutualisation logistique. Ce type de cas concret montre comment un nombre limité de partenaires stratégiques peut entraîner l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement vers une trajectoire de décarbonation crédible.
Contractualisation, CSRD et outillage des données pour piloter la décarbonation des rangs 1
La mise en œuvre opérationnelle de la décarbonation des fournisseurs de rang 1 repose sur un socle de données fiable et auditable. Les entreprises doivent structurer la remontée d’informations ESG, distinguer les données primaires des estimations et documenter les facteurs d’émission utilisés pour chaque poste d’achats. Cette exigence est renforcée par la CSRD, qui impose un reporting détaillé sur les impacts environnementaux et sur les processus ESG de la chaîne d’approvisionnement, avec des indicateurs quantifiés et des preuves d’auditabilité.
Dans les filières industrielles et de services, les directions RSE s’appuient de plus en plus sur des extranets ou des plateformes dédiées pour fiabiliser la collecte de données et suivre les engagements climat des fournisseurs ; optimiser la gestion ESG grâce à un extranet dédié permet par exemple de centraliser les données d’émissions, les plans d’action et les preuves d’amélioration. Ces outils facilitent le dialogue avec les fournisseurs de rang 1, qui doivent documenter leurs émissions de scope 1 et scope 2, mais aussi les émissions de scope 3 liées aux produits et services vendus. La supply chain devient ainsi un espace de co-construction, où les critères ESG et les objectifs de décarbonation sont intégrés dans les revues de performance au même titre que les coûts, les délais et la qualité de service.
Les clauses contractuelles les plus avancées prévoient des revues annuelles des émissions, des plans d’amélioration de l’efficacité énergétique et des mécanismes de partage de gains liés à la réduction de l’empreinte carbone. Pour rester alignés avec le GHG Protocol et les futures évolutions du Net Zero Standard de la SBTi, les responsables climat doivent aussi suivre de près les consultations en cours sur les méthodes de calcul liées à l’énergie et aux chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, l’alignement entre corporate sustainability, directions achats et directions opérationnelles devient un facteur clé de succès pour transformer la décarbonation des fournisseurs de rang 1 en avantage compétitif sur l’ensemble de la chaîne B2B, avec des indicateurs de performance climat intégrés aux tableaux de bord de pilotage.
La montée en puissance des exigences réglementaires européennes, illustrée par les évolutions récentes de la CSRD détaillées dans l’analyse du plan de mise en conformité publiée au Journal officiel, pousse les entreprises à revoir en profondeur leurs processus d’achats responsables et leurs pratiques de collecte de données. Les secteurs les plus exposés, comme l’automobile, l’agroalimentaire ou l’IT, servent de laboratoire pour des modèles de contractualisation climat qui seront rapidement généralisés à d’autres chaînes d’approvisionnement. Pour les responsables RSE, l’enjeu n’est plus de produire un rapport, mais de démontrer par des indicateurs vérifiables que la décarbonation des fournisseurs de rang 1 réduit réellement les impacts environnementaux et sociaux sur toute la chaîne d’approvisionnement, en cohérence avec les trajectoires de neutralité carbone publiées par les entreprises.
Les publications récentes de la SBTi (mise à jour du « Corporate Net-Zero Standard » en 2023) et les guides sectoriels du GHG Protocol sur la comptabilisation des émissions de scope 3 fournissent un cadre méthodologique de référence pour ces démarches. Les entreprises qui s’y alignent peuvent plus facilement justifier leurs choix de facteurs d’émission, leurs hypothèses de calcul et la crédibilité de leurs plans de réduction auprès des auditeurs, des investisseurs et des régulateurs.
Données clés sur la décarbonation des fournisseurs de rang 1
- Les constructeurs automobiles constatent que plus de 80 % de leur empreinte carbone totale provient des émissions de scope 3 liées à la supply chain et aux fournisseurs de rang 1, un ordre de grandeur confirmé par les rapports climat de Stellantis, Renault et par les benchmarks sectoriels publiés par la SBTi.
- Les programmes climat de Stellantis, Renault et Valeo intègrent systématiquement des objectifs SBTi pour les fournisseurs de rang 1, avec un suivi annuel des émissions et des plans d’action, incluant des jalons intermédiaires et des indicateurs de performance carbone par famille d’achats.
- Les consultations en cours du GHG Protocol sur les méthodes de calcul liées à l’énergie visent à harmoniser les facteurs d’émission utilisés par les entreprises pour leurs bilans carbone, afin de rendre comparables les trajectoires de décarbonation entre acteurs d’une même filière.
- La mise à jour du Net Zero Standard de la SBTi renforce les exigences de réduction absolue des émissions sur l’ensemble des scopes, y compris pour les chaînes d’approvisionnement B2B, et incite les entreprises à contractualiser des objectifs chiffrés avec leurs fournisseurs de rang 1.
Questions fréquentes sur la décarbonation des fournisseurs de rang 1
Pourquoi les fournisseurs de rang 1 sont ils prioritaires dans une stratégie climat ?
Les fournisseurs de rang 1 concentrent souvent la majorité des volumes d’achats et une part significative des émissions de scope 3, ce qui en fait un levier immédiat pour réduire l’empreinte carbone. Ils disposent aussi d’un pouvoir de diffusion des exigences climat vers les rangs 2 et 3, en intégrant des critères ESG dans leurs propres contrats. Pour les entreprises, travailler d’abord avec ces acteurs permet de structurer rapidement la collecte de données, de fiabiliser les bilans carbone et de sécuriser les attentes des clients et des régulateurs.
Comment intégrer la décarbonation dans les appels d’offres et les contrats fournisseurs ?
Les directions achats peuvent intégrer des critères ESG obligatoires dans les appels d’offres, en demandant un bilan carbone, des objectifs de réduction et des données d’émissions vérifiables. Les contrats prévoient ensuite des clauses de transparence sur la collecte de données, des revues annuelles de performance climat et, le cas échéant, des pénalités en cas de non-respect des engagements. Cette approche aligne la politique d’achats responsables avec les exigences de la CSRD et les attentes des parties prenantes, tout en créant un cadre clair pour le suivi des plans d’action climat.
Quel rôle jouent les données primaires dans la mesure des émissions de la supply chain ?
Les données primaires fournies par les fournisseurs permettent de remplacer les estimations génériques par des facteurs d’émission spécifiques aux produits, aux procédés et aux sites. Elles améliorent la précision du bilan carbone et facilitent l’identification des leviers d’efficacité énergétique et de réduction des impacts environnementaux. Pour les responsables RSE, structurer la collecte de ces données est indispensable pour répondre aux standards du GHG Protocol, aux audits externes et aux exigences de transparence imposées par la CSRD.
Comment les PME ETI peuvent elles répondre aux exigences climat des grands donneurs d’ordres ?
Les PME ETI peuvent commencer par réaliser un premier bilan carbone, identifier leurs principaux postes d’émissions et définir un plan d’action réaliste sur trois à cinq ans. Elles doivent ensuite documenter leurs progrès, structurer leurs données d’émissions et les partager avec leurs clients via des formats compatibles avec les exigences ESG. Cette démarche renforce leur position dans les chaînes d’approvisionnement, crédibilise leurs engagements climat et limite le risque de perdre des contrats face à des concurrents plus avancés sur la décarbonation.
Quel est l’impact de la CSRD sur la gestion des fournisseurs de rang 1 ?
La CSRD impose un niveau de transparence inédit sur les impacts environnementaux et sociaux des chaînes d’approvisionnement, ce qui oblige les entreprises à renforcer leurs exigences vis-à-vis des fournisseurs de rang 1. Ces derniers doivent fournir des données fiables sur leurs émissions, leurs risques environnementaux et leurs plans de réduction, sous peine de devenir des maillons faibles dans le reporting. Pour les directions RSE, la CSRD transforme la relation fournisseurs en un partenariat structuré autour de la performance climat, des critères ESG et de la capacité à démontrer des réductions d’émissions mesurables.