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CSRD rapport durabilite : ce que l'Omnibus change pour votre premier exercice 2025 ou 2027

CSRD rapport durabilite : ce que l'Omnibus change pour votre premier exercice 2025 ou 2027

Bertrand Menard
Bertrand Menard
Commentateur des normes et régulations
4 mai 2026 16 min de lecture
CSRD et premier rapport de durabilité : comprendre le champ d’application, les seuils légaux (40 M€ de CA, 20 M€ de bilan, 250 salariés), les exigences ESRS, les pièges de la matérialité et de la gouvernance, et les chiffres clés publiés par la Commission européenne et l’EFRAG.
CSRD rapport durabilite : ce que l'Omnibus change pour votre premier exercice 2025 ou 2027

CSRD, rapport de durabilité et directive Omnibus : clarifier le champ d’application

Pour un responsable RSE, la première question sur le CSRD et le rapport de durabilité concerne le champ d’application précis de la directive (directive (UE) 2022/2464 modifiant la directive comptable 2013/34/UE). Les directions reporting doivent articuler la directive CSRD, la directive Omnibus et les normes ESRS pour savoir à quel exercice de reporting elles basculent dans le nouveau cadre de sustainability reporting. Dans les groupes complexes, cette clarification conditionne la structuration des informations de durabilité, la gouvernance RSE et la capacité à produire un rapport de gestion cohérent avec les exigences financières.

La directive Omnibus publiée au Journal officiel de l’Union européenne maintient la vague 1 sur l’exercice de rapport de durabilité portant sur les données de durabilité de l’exercice 2025, avec des ESRS simplifiés pour le premier rapport. Les entreprises de la vague 2 bénéficient d’un report à un exercice de reporting portant sur les données de l’exercice 2027, via le mécanisme dit Stop the Clock, ce qui modifie profondément leur calendrier de publication des informations en matière de durabilité. Pour un groupe mid cap proche des seuils légaux de la CSRD (chiffre d’affaires net supérieur à 40 M€, total de bilan dépassant 20 M€ et plus de 250 salariés, selon la directive 2013/34/UE telle que modifiée), cette nouvelle temporalité impose une analyse de matérialité plus fine pour anticiper l’entrée dans le champ d’application plutôt que de subir la durabilité CSRD au dernier moment.

Concrètement, une entreprise doit vérifier successivement sa forme juridique, son chiffre d’affaires net, son total de bilan et son nombre de travailleurs dans la chaîne de valeur pour déterminer si le CSRD et le rapport de durabilité s’appliquent dès le prochain exercice. Les entreprises cotées et les grandes entreprises non cotées dépassant les seuils de 40 M€ de chiffre d’affaires net, 20 M€ de total de bilan et 250 salariés entrent dans le champ d’application en priorité, avant les filiales de groupes extra européens. Pour les directions RSE, cette étape de qualification n’est pas un simple exercice juridique, mais le point de départ d’une stratégie de développement durable crédible, articulant impact environnemental, enjeux sociaux et gouvernance durable.

Arbre de décision CSRD : identifier son premier exercice et structurer le rapport

Pour sécuriser le premier rapport de durabilité, il est utile de formaliser un arbre de décision CSRD partagé entre RSE, finances et affaires juridiques. La première branche distingue les entreprises déjà soumises à la DPEF ou au reporting non financier et celles qui n’avaient jusqu’ici qu’un rapport RSE volontaire, car l’historique de reporting conditionne la maturité des informations en matière de durabilité. La seconde branche porte sur l’appartenance à un groupe, la consolidation des données et la date de clôture de l’exercice, qui déterminent le calendrier du premier rapport de durabilité et la synchronisation avec le rapport de gestion financier.

Pour les entités de la vague 1, l’exercice de durabilité rapport à couvrir correspond aux données de l’exercice 2025, avec une publication des informations de durabilité intégrée au rapport de gestion, en appliquant des ESRS simplifiés pour ce premier rapport. Les entreprises de la vague 2, dont le chiffre d’affaires net et le total de bilan dépassent les seuils fixés par la directive CSRD (40 M€ de chiffre d’affaires, 20 M€ de total de bilan et 250 salariés, tels que précisés dans la directive 2013/34/UE modifiée), préparent un premier rapport portant sur l’exercice 2027, ce qui laisse plus de temps pour structurer la gouvernance durable, la formation des équipes et l’analyse de matérialité. Les mid sized entreprises proches de ces seuils doivent néanmoins anticiper, car un franchissement ponctuel des 40 M€ de chiffre d’affaires net peut les faire entrer dans le champ d’application plus tôt que prévu.

Une troisième branche de l’arbre de décision concerne la consolidation des filiales et la question des travailleurs dans la chaîne de valeur, qui pèse sur la matérialité des sujets sociaux et environnementaux. Les groupes internationaux doivent décider si le rapport de durabilité sera établi au niveau consolidé ou par entreprise, en tenant compte des obligations de publication des informations en matière de durabilité dans chaque juridiction. Pour approfondir ces arbitrages et la simplification CSRD, un décryptage détaillé est proposé dans cette analyse sur la simplification de la CSRD et ses impacts sur le reporting.

Contenus obligatoires du premier rapport de durabilité : de l’ESRS à la pratique

Une fois l’exercice de reporting clarifié, le responsable RSE doit structurer le contenu du premier rapport de durabilité autour des normes ESRS. Le CSRD et le rapport de durabilité imposent un socle commun d’informations générales, de stratégie, de gouvernance, de gestion des risques et d’indicateurs, qui doit être articulé avec le rapport de gestion financier. Les entreprises doivent donc traduire les normes ESRS en processus internes, plutôt que de produire un simple document de communication durable sans ancrage dans les décisions d’affaires.

Les informations générales couvrent le modèle d’affaires, la chaîne de valeur, les principaux marchés et la manière dont la durabilité est intégrée dans la stratégie de développement durable de l’entreprise. La section stratégie doit expliciter les objectifs climatiques, les plans de transition, les investissements durables et les impacts significatifs sur l’environnement, les travailleurs dans la chaîne de valeur et les communautés, en lien avec l’analyse de matérialité. La gouvernance doit décrire précisément les rôles du conseil, des comités et de la direction dans le pilotage RSE, en montrant comment les enjeux de durabilité influencent les décisions d’affaires et la gestion des risques.

Les normes ESRS exigent aussi des indicateurs quantitatifs et qualitatifs, avec une certification des informations de durabilité par un auditeur externe, ce qui change profondément la culture du reporting RSE. Les entreprises doivent préparer la traçabilité des données, la documentation des hypothèses et la robustesse des systèmes d’information pour sécuriser la certification des informations et éviter les retraitements massifs en fin d’exercice. Pour naviguer dans la réduction des datapoints et les ESRS simplifiés, un éclairage utile est proposé dans cette ressource sur les ESRS simplifiés et la suppression de 60 % des datapoints.

Les pièges du premier rapport : matérialité, gouvernance et trajectoires

Les premiers retours d’expérience des entreprises de la vague 1 montrent que le principal écueil du premier rapport de durabilité réside dans l’analyse de matérialité. Beaucoup d’entreprises ont produit une analyse de matérialité très narrative, avec de longues explications méthodologiques mais peu de liens concrets entre les matières de durabilité et les décisions d’affaires. Or la directive CSRD et les normes ESRS attendent une double matérialité robuste, reliant impact sur l’environnement et risques financiers, plutôt qu’un simple exercice de cartographie RSE.

Un second piège concerne la sous documentation de la gouvernance durable, souvent réduite à quelques lignes sur un comité RSE sans description des pouvoirs réels, des arbitrages budgétaires ou de la supervision des risques climatiques. Les auditeurs qui réalisent la certification des informations de durabilité demandent pourtant des preuves tangibles de l’intégration de la durabilité dans les processus de décision, les politiques de rémunération variable et le suivi des KPI. Les groupes qui réussissent leur premier rapport de durabilité sont ceux qui relient clairement la gouvernance, le rapport de gestion, les plans d’investissement et les trajectoires chiffrées de réduction d’impact.

Le troisième piège majeur est l’absence de trajectoire crédible, avec des objectifs de développement durable affichés sans jalons intermédiaires, ni budgets, ni impacts attendus sur le chiffre d’affaires ou les investissements. Un rapport de durabilité CSRD qui se contente de décrire l’existant sans trajectoire mesurable perd en crédibilité auprès des investisseurs et des régulateurs. Pour éviter ce travers, certaines entreprises articulent déjà leur sustainability reporting avec des plans d’action opérationnels, par exemple sur la réduction des risques de pollution via des équipements adaptés comme un bac de rétention souple pour sécuriser les substances dangereuses, ce qui illustre concrètement la matérialité environnementale.

Articulation avec le financier : rapport de gestion, DPEF et audit

Le CSRD transforme le rapport de durabilité en un volet intégré du rapport de gestion, ce qui impose une coordination étroite entre RSE, finances et contrôle interne. Les entreprises qui avaient déjà une DPEF ou un rapport RSE autonome doivent désormais aligner leurs informations de durabilité sur les exigences des normes ESRS, tout en respectant la structure du rapport de gestion financier. Cette articulation renforce la crédibilité des données de durabilité, mais elle exige une montée en compétence rapide des équipes financières sur les enjeux RSE.

Sur le plan opérationnel, la date de clôture de l’exercice devient un jalon critique pour organiser la collecte des informations en matière de durabilité, la revue interne et l’audit. Les groupes qui clôturent au 31 décembre doivent lancer la collecte des données de durabilité dès le premier trimestre suivant, pour laisser le temps nécessaire à la consolidation, à la revue par les directions métiers et à la certification des informations par l’auditeur. Les entreprises avec une autre date de clôture disposent d’un calendrier différent, mais elles doivent tout autant intégrer la durabilité dans les processus budgétaires et les revues de performance.

La certification des informations de durabilité, même à un niveau d’assurance limité dans un premier temps, change la nature du sustainability reporting et du rapport de durabilité CSRD. Les auditeurs examinent la cohérence entre les informations financières et les informations de durabilité, par exemple entre les investissements annoncés pour la transition et les immobilisations figurant au bilan. Pour les responsables RSE, cela signifie que chaque matière de durabilité significative issue de l’analyse de matérialité doit être reliée à des indicateurs, des politiques et des plans d’action suffisamment documentés pour résister à l’audit.

Planning rétroplanifié : de l’analyse de matérialité au premier rapport publié

Pour un responsable reporting ESG, la réussite du premier rapport de durabilité repose sur un rétroplanning précis couvrant tout l’exercice. La première étape consiste à lancer ou à mettre à jour l’analyse de matérialité, en impliquant les parties prenantes internes et externes pour identifier les matières de durabilité réellement significatives. Cette analyse doit être finalisée suffisamment tôt pour orienter la collecte des données, la priorisation des indicateurs et la rédaction des sections clés du rapport de durabilité CSRD.

La deuxième étape du planning concerne la structuration des processus de collecte des informations de durabilité, en s’appuyant sur les systèmes existants de reporting financier et de contrôle interne. Les entreprises doivent définir des responsables par indicateur, des calendriers de remontée, des contrôles de cohérence et des procédures de documentation, afin de sécuriser la certification des informations et la qualité du sustainability reporting. Une formation ciblée des équipes métiers et financières sur les exigences de la directive CSRD et des normes ESRS est souvent nécessaire, notamment dans les mid sized entreprises qui n’avaient pas de dispositif RSE formalisé.

La troisième étape porte sur la revue interne, l’arbitrage de la direction et la validation par les organes de gouvernance, avant la publication des informations de durabilité à la date de clôture réglementaire. Les groupes les plus avancés organisent des comités de durabilité trimestriels pour suivre l’avancement, ajuster les priorités et préparer les réponses aux questions des auditeurs. Ce pilotage régulier permet d’éviter l’effet tunnel et de transformer le rapport de durabilité en un véritable outil de gestion, plutôt qu’en un exercice de conformité produit dans l’urgence en fin d’exercice.

KPI prioritaires et spécificités mid sized vs grandes entreprises

Quand on commence avec le CSRD et le rapport de durabilité, la tentation est forte de vouloir couvrir tous les indicateurs possibles, au risque de diluer l’effort. Les retours d’expérience des premières publications montrent qu’il vaut mieux concentrer le sustainability reporting sur un noyau de KPI prioritaires, directement reliés aux matières de durabilité les plus significatives issues de l’analyse de matérialité. Pour une entreprise industrielle, cela signifie par exemple des indicateurs d’émissions, de consommation d’énergie, de sécurité des travailleurs dans la chaîne de valeur et de chiffre d’affaires lié à des produits durables.

Les grandes entreprises disposent souvent de systèmes d’information plus robustes, mais elles doivent gérer la complexité des groupes multi filiales, des investissements importants et des chaînes de valeur mondiales. Les mid sized entreprises, elles, ont des ressources plus limitées, mais une capacité de décision plus rapide, ce qui peut accélérer l’intégration de la durabilité dans les affaires courantes. Dans les deux cas, la directive CSRD et les normes ESRS imposent de relier les KPI de durabilité aux décisions d’investissement, aux plans de transformation et aux trajectoires de réduction d’impact.

Pour prioriser les indicateurs, une approche pragmatique consiste à partir des risques et opportunités les plus matériels pour l’entreprise, puis à sélectionner quelques KPI par matière de durabilité, en veillant à la disponibilité des données et à la capacité de pilotage. Les responsables RSE doivent aussi anticiper l’évolution de la durabilité directive et des attentes des investisseurs, qui demanderont progressivement des séries historiques et des comparaisons sectorielles. En travaillant dès maintenant sur un socle robuste de KPI, les entreprises se donnent les moyens de produire un rapport de durabilité CSRD crédible, utile pour la stratégie et lisible pour les parties prenantes.

Chiffres clés sur le CSRD et le rapport de durabilité

  • Environ 50 000 entreprises seront concernées par la directive CSRD dans l’Union européenne, contre environ 11 000 auparavant sous la directive NFRD, ce qui multiplie par plus de quatre le nombre d’entités tenues de publier un rapport de durabilité. Ces ordres de grandeur proviennent des estimations de la Commission européenne lors de la présentation de la directive (COM(2021) 189 final) et peuvent évoluer avec les mises à jour réglementaires.
  • Les normes ESRS représentent plusieurs centaines de points de données potentiels, mais les ESRS simplifiés devraient en supprimer environ 60 %, ce qui réduit la charge de reporting tout en maintenant un socle d’informations de durabilité significatives. Ce pourcentage est issu des travaux préparatoires de l’EFRAG sur la simplification des ESRS et doit être interprété comme une estimation indicative, dépendant du périmètre retenu par chaque entreprise.
  • Pour de nombreuses grandes entreprises, les investissements liés à la transition climatique et au développement durable se chiffrent déjà en centaines de millions d’euros par an, ce qui renforce la nécessité de relier les KPI de durabilité au chiffre d’affaires et aux décisions d’affaires. Ces montants varient fortement selon les secteurs, la taille des groupes et la maturité de leur stratégie climat, comme le rappellent les analyses d’impact accompagnant la proposition de directive CSRD.
  • Les audits de durabilité commencent avec un niveau d’assurance limité, mais la Commission européenne prévoit une montée progressive vers une assurance raisonnable, ce qui augmentera les exigences de traçabilité et de qualité des informations de durabilité publiées. Les entreprises doivent donc anticiper ce durcissement en renforçant dès maintenant leurs contrôles internes et leurs procédures de documentation.

FAQ sur le CSRD et le rapport de durabilité

Comment savoir si mon entreprise entre dans le champ d’application du CSRD ?

Il faut vérifier la forme juridique, le statut de cotation, le chiffre d’affaires net, le total de bilan et le nombre de salariés, puis comparer ces éléments aux seuils définis par la directive CSRD (40 M€ de chiffre d’affaires net, 20 M€ de total de bilan et 250 salariés pour les grandes entreprises au sens de la directive 2013/34/UE modifiée). L’appartenance à un groupe et la consolidation des comptes jouent aussi un rôle, notamment pour les filiales de groupes extra européens. En cas de doute, un diagnostic juridique et RSE conjoint permet de sécuriser la qualification.

Quel est le lien entre le rapport de durabilité CSRD et le rapport de gestion financier ?

Le rapport de durabilité devient une partie intégrante du rapport de gestion, avec des informations de durabilité soumises à audit au même titre que certaines données financières. Les entreprises doivent donc aligner leurs processus de collecte, de contrôle interne et de validation pour les deux volets. Cette intégration renforce la cohérence entre stratégie, performance financière et impact de durabilité.

Comment prioriser les sujets pour l’analyse de matérialité ?

La double matérialité impose d’évaluer à la fois l’impact de l’entreprise sur l’environnement et la société, et l’impact des enjeux de durabilité sur la performance financière. Il est recommandé de combiner analyses documentaires, entretiens avec les parties prenantes et ateliers internes pour identifier les matières de durabilité les plus significatives. Ces sujets prioritaires guideront ensuite le choix des indicateurs et la structure du rapport de durabilité.

Quels sont les principaux risques lors du premier exercice de reporting CSRD ?

Les risques les plus fréquents sont une analyse de matérialité trop superficielle, une gouvernance de la durabilité peu documentée, des données incomplètes ou peu fiables et une absence de trajectoire chiffrée. Ces faiblesses peuvent fragiliser la certification des informations et la crédibilité du rapport de durabilité. Un rétroplanning rigoureux et une implication forte de la direction générale permettent de les limiter.

Les mid sized entreprises doivent elles se préparer dès maintenant si elles ne sont pas encore dans le champ d’application ?

Oui, car le franchissement des seuils de chiffre d’affaires ou de total de bilan peut intervenir rapidement, et la mise en place d’un dispositif de reporting de durabilité prend plusieurs exercices. Anticiper permet de tester les processus, de former les équipes et de construire progressivement un socle de données fiable. C’est aussi un moyen de transformer la contrainte réglementaire en levier de performance et de développement durable.