Green claims directive : peut-on encore communiquer sur ses engagements climat sans risquer le tribunal ?

Green claims directive : peut-on encore communiquer sur ses engagements climat sans risquer le tribunal ?

20 juillet 2026 11 min de lecture
Green Claims Directive, loi Climat et Résilience, greenwashing et greenhushing : enjeux juridiques, risques de contentieux et méthode concrète pour les directeurs RSE afin de sécuriser leurs allégations environnementales sans renoncer à la communication climat.
Green claims directive : peut-on encore communiquer sur ses engagements climat sans risquer le tribunal ?

Green claims directive et loi Climat et Résilience : un nouveau risque juridique pour la communication environnementale

La green claims directive communication environnementale change radicalement le rapport entre communication et conformité. La proposition de directive européenne sur l’« empowerment des consommateurs pour la transition verte » (COM(2022) 143, présentée le 30 mars 2022) et la proposition spécifique sur la substantiation and communication of explicit environmental claims (COM(2023) 166, publiée le 22 mars 2023) imposent désormais que chaque allégation soit reliée à des preuves scientifiques robustes et vérifiables. Pour un directeur RSE, cela signifie que la frontière entre marketing et droit de la consommation devient un terrain à haut risque, où chaque message peut être requalifié en pratique commerciale trompeuse.

Le cœur de cette directive sur les green claims est clair : aucune allégation environnementale ne pourra être diffusée sans démonstration chiffrée, traçable et fondée sur le cycle de vie complet du produit ou du service. La proposition de directive sur les allégations environnementales exige des données méthodologiques transparentes, une vérification tierce indépendante et un encadrement strict des comparaisons entre produits concurrents. Les entreprises qui s’appuyaient sur des slogans génériques comme « produit vert » ou « impact environnemental réduit » devront désormais prouver, chiffres à l’appui, en quoi leurs produits présentent un avantage environnemental réel et mesurable, en cohérence avec les exigences de la future directive green et des lignes directrices de la Commission européenne sur les pratiques commerciales déloyales.

En parallèle, la loi Climat et Résilience en France (loi n° 2021-1104 du 22 août 2021) renforce ce mouvement en interdisant les allégations de neutralité carbone sans plan de réduction crédible et trajectoire de baisse du carbone alignée avec les objectifs climat. L’article 12 de cette loi a modifié l’article L.121-2 du code de la consommation pour qualifier ces pratiques commerciales trompeuses de commerciales déloyales, en particulier lorsque les allégations environnementales ou les allégations écologiques ne reposent que sur de la compensation. Pour les entreprises de taille intermédiaire comme pour les grandes entreprises, l’articulation entre la directive green européenne, la loi Climat nationale et les attentes des consommateurs moyens devient un enjeu stratégique autant qu’un sujet de responsabilité juridique et réputationnelle.

La Commission européenne a clairement indiqué que cette directive sur les allégations environnementales vise à assainir les pratiques commerciales et à réduire le greenwashing systémique. Les États membres devront transposer la directive sur les green claims dans leurs droits nationaux, ce qui créera un socle commun pour l’affichage environnemental et les labels environnementaux dans toute l’Union. Pour un groupe coté comme pour une ETI industrielle, cela implique de revoir en profondeur la gouvernance des données environnementales, depuis le bilan carbone jusqu’aux indicateurs de cycle de vie des produits, afin de sécuriser chaque allégation environnementale diffusée sur le marché et de démontrer la conformité aux nouvelles règles européennes.

Du greenwashing au greenhushing : quand la peur du tribunal fait taire les entreprises

La montée en puissance de la green claims directive communication environnementale et de la loi Climat crée un effet paradoxal dans les directions RSE. Face au risque de contentieux pour greenwashing, certaines entreprises basculent dans le greenhushing et préfèrent ne plus parler de leurs engagements climat. Pour un directeur RSE, ce silence stratégique peut sembler prudent à court terme, mais il fragilise la confiance des consommateurs moyens et des investisseurs à moyen terme, en donnant l’impression d’un recul sur la transparence environnementale.

Les allégations environnementales les plus risquées sont désormais bien identifiées par les autorités de contrôle et par la Commission européenne. Les mentions de neutralité carbone, de « zéro déchet », de « produit 100 % naturel » ou de « impact environnemental positif » sont scrutées, car elles combinent souvent des claims absolus avec des preuves partielles ou des données incomplètes. Lorsque ces allégations écologiques ne sont pas reliées à un bilan carbone robuste, à un plan de transition écologique chiffré et à un affichage environnemental transparent, elles peuvent être requalifiées en pratiques commerciales trompeuses et donc en commerciales déloyales, au sens des articles L.121-1 et suivants du code de la consommation.

En France, la loi Climat et Résilience a déjà conduit à des mises en demeure publiques pour des campagnes de communication environnementale jugées ambiguës ou excessives. L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) a par exemple épinglé des campagnes de transport aérien et d’énergie pour usage abusif de termes comme « neutre en carbone » ou « énergie verte », illustrant la vigilance accrue sur les messages climatiques. Dans plusieurs avis récents du Jury de déontologie publicitaire, des visuels suggérant une absence totale d’impact environnemental ont été jugés de nature à induire en erreur. Les entreprises qui affirment compenser la totalité de leurs émissions de carbone sans détailler la qualité des crédits, la hiérarchie entre réduction et compensation, ni la cohérence avec leur chiffre d’affaires s’exposent à des accusations de greenwashing renforcées. Pour approfondir ce sujet, l’analyse sur la compensation carbone et la distinction entre crédits robustes et habillage marketing montre à quel point les allégations environnementales liées au climat doivent être encadrées.

Ce contexte réglementaire pousse certaines grandes entreprises à réduire drastiquement leurs communications sur le climat, par peur de voir leurs claims contestés devant les tribunaux. Ce greenhushing massif, analysé comme un possible « signal de prudence ou démission climatique déguisée » dans un éclairage détaillé sur le greenhushing post Omnibus, interroge directement la responsabilité des directions générales. Pour un directeur RSE, le sujet n’est pas de se taire, mais de transformer chaque allégation environnementale en engagement vérifiable, contextualisé et aligné avec une trajectoire de transition écologique crédible, en s’appuyant sur des preuves documentées plutôt que sur des promesses générales.

Ce que la directive sur les green claims change concrètement pour le reporting et la transparence

La green claims directive communication environnementale ne se limite pas à encadrer quelques slogans marketing. Elle impose une refonte profonde des systèmes d’information RSE, car chaque directive sur les allégations environnementales exige des données traçables, auditables et reliées aux décisions d’investissement. Pour les directions RSE de groupes et d’ETI, cela signifie que le reporting climat ne peut plus être un exercice parallèle au discours commercial, mais la colonne vertébrale de toute communication environnementale, intégrée aux processus de gouvernance et de pilotage stratégique.

Concrètement, la proposition de directive sur les green claims impose que toute allégation environnementale repose sur une analyse de cycle de vie rigoureuse, couvrant l’ensemble des impacts environnementaux pertinents. Les entreprises devront documenter la méthodologie utilisée, les hypothèses retenues, les limites de l’étude et la manière dont ces données environnementales sont mises à jour dans le temps. Les labels environnementaux et les systèmes d’affichage environnemental devront eux aussi démontrer leur robustesse scientifique, sous peine d’être considérés comme des pratiques commerciales trompeuses et donc comme des pratiques commerciales déloyales au sens du code de la consommation, notamment lorsque les critères d’attribution ne sont pas publics ou vérifiables.

La Commission européenne prévoit également que les États membres mettent en place des mécanismes de contrôle et de sanction coordonnés pour cette directive green. Les autorités nationales de la concurrence et de la consommation pourront exiger la preuve des allégations environnementales, vérifier la cohérence entre le bilan carbone publié, les engagements climat annoncés et les claims diffusés auprès des consommateurs moyens. Dans ce contexte, l’audit externe devient un levier stratégique pour renforcer la crédibilité des données environnementales et réduire le soupçon de greenwashing, comme le montre l’analyse sur l’audit ESG et la crédibilité des engagements, qui souligne le rôle des vérificateurs indépendants dans la sécurisation des informations extra-financières.

Pour un directeur RSE, la directive sur les allégations environnementales implique de rapprocher fortement les équipes RSE, juridiques, financières et marketing. Les décisions d’investissement bas carbone, les trajectoires de réduction du carbone, les plans de transition écologique et les engagements climat doivent être traduits en messages compréhensibles pour les consommateurs, sans trahir la complexité des données. La clé sera de construire un socle de preuves environnementales partagé, où chaque allégation environnementale, chaque claim sur un produit ou sur un portefeuille de produits, est relié à des indicateurs vérifiés et à une gouvernance claire des données environnementales, documentée dans les procédures internes et les rapports de durabilité.

Comment continuer à communiquer sans risquer le tribunal : méthode pour directeurs RSE

Face à la green claims directive communication environnementale et à la loi Climat et Résilience, la question n’est pas de renoncer à toute communication. La question centrale pour un directeur RSE est de savoir comment transformer des engagements climat complexes en messages lisibles, sans tomber dans les allégations écologiques simplistes. La réponse passe par une méthode structurée qui articule preuves, contexte et pédagogie auprès des consommateurs moyens, en s’appuyant sur des standards reconnus de reporting et de vérification.

Première exigence, chaque allégation environnementale doit être reliée à un indicateur précis, qu’il s’agisse d’un bilan carbone, d’un indicateur de cycle de vie ou d’un KPI de transition écologique. Plutôt que d’affirmer qu’un produit est « vert » ou « respectueux de l’environnement », il devient plus sûr de communiquer sur une réduction chiffrée des émissions de carbone, sur une amélioration documentée de la durabilité des produits ou sur un pourcentage vérifié de matières recyclées. Cette approche réduit le risque de greenwashing, car elle ancre les claims dans des données vérifiables et dans un cadre de directive sur les allégations environnementales qui valorise la transparence plutôt que l’hyperbole.

Deuxième exigence, contextualiser systématiquement les engagements climat par rapport au chiffre d’affaires, au mix de produits et à la stratégie globale de transition écologique de l’entreprise. Une grande entreprise qui annonce une baisse de 20 % de ses émissions de carbone sur un périmètre limité, sans expliquer l’évolution de son portefeuille de produits ni l’impact sur ses pratiques commerciales, laisse la porte ouverte aux critiques. À l’inverse, une ETI qui relie ses engagements climat à son plan d’investissement, à ses décisions d’écoconception et à son affichage environnemental sur les produits, s’inscrit pleinement dans l’esprit de la directive green et renforce sa légitimité auprès de la Commission européenne et des autorités nationales.

Troisième exigence, former en profondeur les équipes marketing, communication et commerciales aux enjeux de la directive sur les green claims et du code de la consommation. Les allégations environnementales ne peuvent plus être improvisées en fin de chaîne, elles doivent être co-construites avec les équipes RSE et juridiques pour éviter les pratiques commerciales déloyales. Pour les directeurs RSE, c’est l’occasion de repositionner la communication environnementale comme un levier de transformation stratégique, où chaque allégation environnementale devient la traduction fidèle d’un engagement climat mesuré, piloté et suivi dans le temps. Un outil pratique consiste à utiliser une grille de validation interne : description précise du claim, indicateur associé, source de données, date de mise à jour, limites connues et validation juridique avant diffusion.

Chiffres clés sur la régulation des allégations environnementales et le greenwashing

  • La Commission européenne a estimé que plus de la moitié des allégations environnementales examinées dans un échantillon de sites d’entreprises et de produits en ligne étaient vagues, trompeuses ou infondées, ce qui a motivé la préparation de la directive sur les green claims (source : Commission européenne, étude sectorielle 2020 sur les déclarations environnementales en ligne).
  • En France, plusieurs décisions récentes de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité ont sanctionné des campagnes pour greenwashing, notamment dans les secteurs de l’énergie, des transports et de la grande distribution, illustrant la montée en puissance du contrôle des pratiques commerciales environnementales (source : ARPP, bilans annuels et avis du Jury de déontologie publicitaire).
  • Les études de marché montrent que la confiance des consommateurs dans les labels environnementaux reste fragile, avec une part significative de consommateurs moyens déclarant ne pas comprendre les différences entre les labels existants, ce qui renforce l’exigence de clarté imposée par la directive green (source : enquêtes de consommation européennes publiées depuis 2019).
  • Les premières analyses d’impact de la loi Climat et Résilience indiquent une baisse notable des allégations de neutralité carbone dans la publicité, signe que le risque juridique commence à modifier les stratégies de communication des entreprises et à encourager des formulations plus nuancées et documentées (source : analyses juridiques spécialisées et suivis sectoriels).